Paul Roux
Qu'est ce qui cloche chez Federer?Au milieu de son match contre Novak Djokokic, Roger Federer a fracassé sa raquette. Un geste de dépit qui rappelait plus Marat Safin que Stephan Edberg, une de ses idoles de jeunesse.
Il y a quelques décennies, on estimait qu’un joueur atteignait son apogée vers 27 ans, l’âge actuel de Roger Federer. Mais dans le tennis d’aujourd’hui, le sommet est atteint quelques années plus tôt. Rodgeur avait 23 ans lorsqu’il a complété son premier Petit Chelem. Rafael Nadal est au seuil de ses grandes années.
Que Rodgeur commence à décliner, c’est dans l’ordre des choses. Personne ne s’attendait à ce qu’il continue à remporter trois tournois du Grand Chelem chaque année et à jouer des saisons entières sans perdre plus de quatre ou cinq matchs. Mais les revers qui s’accumulent depuis 15 mois ressemblent plus une chute qu’à un déclin. Certes, il y a eu la mononucléose. Mais Federer nous assure qu’il est complètement guéri. Et pourtant, les résultats, exception faite de l’US Open, restent décevants. Aucun triomphe en Masters, des finales perdues à Wimbledon et à Melbourne, sur herbe et sur dur, ses surfaces de prédilection.
Revenons à l’échec le plus récent : la défaite en demies contre Novak Djokovic à Miami. Que le no 2 perde contre le no 3 à ce stade d’un Masters 1000, ce n’est en soi ni surprenant ni inquiétant. Mais que Federer s’effondre en perdant sept jeux d’affilée, au cours des desquels il a commis trois fautes directes en moyenne, est préoccupant autant pour l’ex-champion que pour ses légions d’admirateurs.
Que se passe-t-il donc? Apparemment, il y a des pépins physiques. Djokovic est parvenu à déborder facilement Federer en le forçant à frapper son coup droit à bout de bras. Où est passé le joueur dont on vantait la mobilité et la couverture de terrain? À 27 ans, le Suisse ne devrait pas avoir perdu sa rapidité. En tout cas, pas à ce point.
En outre, sa résistance paraît entamée. Jadis, quand Federer gagnait la première manche, le match était pour ainsi dire plié. Maintenant, il lui arrive souvent de gagner le premier set avant de craquer par la suite. La mono aurait-elle laissé des séquelles? Manque-t-il d’entraînement?
À la poursuite de sa légendeL’autre problème est psychologique. Lorsque Federer a remporté son deuxième US Open et du coup son sixième titre en Grand Chelem, il a déclaré en substance : «Certaines personnes prédisent que j’en gagnerai 15 ou 20. Mais même si je n’en gagnais jamais d’autre, je serais comblé!» Et son bonheur était aussi sincère que manifeste.
L’année suivante toutefois, il ajoute trois autres titres majeurs à son palmarès et double de grands joueurs comme Connors, McEnroe, Lendl et Agassi. On commence à dire qu’il a l’étoffe pour devenir le plus grand joueur de tous les temps. Federer finit lui-même par y croire. Je ne sais pas à quel moment exact le tournant s’est produit, mais il me semble que le Maître s’est mis à ne plus jouer pour le pur plaisir. Il s’est lancé à la conquête de son propre mythe. Il s’est mis sur les épaules une pression énorme, qui n’a fait qu’augmenter à mesure que les titres s’accumulaient.
En 2006 et en 2007, malgré quelques passages à vide, il réalise de nouveau le Petit Chelem. Il a maintenant dépassé Borg et rejoint Emerson. Ne restent plus à l’horizon que le grand Sampras et ses 14 titres mythiques. Mais la pression est en train de devenir insupportable. Elle se fait d’autant plus lourde qu’une nouvelle génération, menée par Nadal, est apparue. Plus forte que la précédente, plus disciplinée, mieux entraînée, plus ambitieuse. Rodgeur reste le roi, mais les prétendants au trône sont de plus en plus nombreux.
L’an dernier, de peine et de misère, Federer a ajouté un titre majeur, ce qui lui en donne 13, un chiffre qui pourrait devenir malchanceux, comme le veut la superstition. La tension est devenue insoutenable, comme l’a révélé au monde entier sa crise de larmes après sa défaite à Melbourne.
J’en suis venu à me dire que si Rodgeur comptait sept ou huit titres du Grand Chelem, plutôt que 13, il serait aujourd’hui plus heureux et plus détendu. Il ne s’inquiéterait pas de tous ces jeunes qui veulent lui barrer le chemin. Il savourerait sa place parmi les grands, sans se soucier de la place exacte que l’Histoire retiendra. Il ne se réveillerait pas la nuit en pensant au record de Sampras et il ne se ferait pas poser la question à chaque conférence de presse.
Agassi ou Borg?Alors, que doit faire Rodgeur maintenant? Trouver un entraîneur? Ça ne nuirait pas sans doute. À condition de trouver le bon… et d’écouter ses conseils. Retrouver sa mobilité et son endurance. Et surtout, renouer avec le simple plaisir de jouer. Est-ce que cela lui donnera les quelques titres qui lui manquent encore? Je ne sais trop. Mais cela donnerait à sa fin de carrière une joie qui lui fait actuellement défaut.
Moi qui ai tant aimé ce grand champion, je suis prêt à accepter qu’il ne gagne plus très souvent. Mais de le voir aussi malheureux, eh bien, ça me crève le cœur! Je lui souhaite une fin de carrière à la Agassi, pas à la Borg.
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"le vice inhérent au capitalisme est le partage non équitable des richesses. Le vice inhérent au socialisme est le partage équitable de la misère" - Winston Churchil