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 Le tennis féminin est-il malade?

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marcstein
Tavernier


Nombre de messages: 15951
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Date d'inscription: 02/08/2004

MessageSujet: Le tennis féminin est-il malade?   Lun 21 Sep - 5:05

Paul Roux, cyberpresse.

Le triomphe de Kim Clijsters (ci-dessus) à Flushing Meadows a été chaudement applaudi. De voir une jeune maman recevoir son trophée en compagnie de sa petite fille ne peut qu’émouvoir les foules. Mais paradoxalement, cette victoire relance les interrogations sur le tennis féminin. Comment est-il possible qu’une joueuse, si brillante soit-elle, ait pu s’emparer de l’US Open après seulement deux tournois préparatoires? Qu’avaient fait les autres joueuses pendant ses deux années et demie d’absence?

Certaines critiques sont sans doute injustes. Pour ma part, je n’ai pas la nostalgie de l’époque de Martina Navratilova et de Chris Evert. Elles étaient incontestablement de grandes joueuses. L’ennui, c’est qu’elles étaient les seules. Avant la finale, les tournois auxquels elles participaient avaient peu d’intérêt.

La compétition est devenue un peu plus serrée quand sont arrivées les Steffi Graf (ci-contre), Monica Seles, Gabriela Sabatini et Arantxa Sanchez Vicario. À partir des quarts, on pouvait assister à de belles confrontations. Mais rien à voir avec le tennis d’aujourd’hui, où, dès les premiers tours, les têtes de série risquent de buter sur des Bondarenko, Wickmayer ou Oudin. Dans une entrevue récente à ESPN, Evert était la première à reconnaître qu’il y avait aujourd’hui beaucoup plus de profondeur dans le tennis féminin.

Pourtant, il est incontestable qu’il y a un malaise et que certaines rencontres de la WTA sont d’un ennui mortel. Pourquoi?

Les cogneuses

La première raison, il me semble, est liée au style. À un style unique en fait. Le mal du tennis féminin, c’est que la plupart des filles sont devenues des cogneuses.

La blondeur des cheveux nous a caché que le succès des Williams a engendré des clones. Les Azarenka, Kuznetsova (ci-contre), Sharapova et autres Dushevina sont des Williams aux yeux bleus. Elles pratiquent toutes le même tennis. Elles claquent leur revers à deux mains, leur coup droit est puissant. Elles lancent leurs missiles, les pieds scotchés sur la ligne de fond, s’aventurant rarement au filet, comme si elles craignaient d’être électrocutées. Leurs montées de lait sont plus fréquentes que leurs montées au filet. Le revers slicé, l’amortie, le lob, même la volée, sont devenus des espèces menacées.

La défense est souvent poreuse. Ces filles-là ne savent qu’attaquer. Et quand l’attaque les lâche, c’est la catastrophe. On assiste à des matchs bourrés de fautes grossières. Dans un intéressant article sur le sujet, la journaliste Jane Voigt a mis en relief les statistiques désastreuses du match de premier tour à l’US Open entre Dinara Safina, pourtant tête de série no1, et Olivia Rogowska : 113 fautes directes, 24 doubles fautes et 15 bris de service. Si c’était l’exception, passe encore. Deux filles ont le droit de connaître un mauvais jour. Malheureusement, ces contre-performances sont fréquentes. On imagine mal Chris Evert ou Martina Hingis commettre plus de 50 fautes directes à l’époque où elles étaient premières.

On a beaucoup souligné récemment que les joueuses n’ont souvent qu’un plan A. S’il ne marche pas, elles tombent en panne, faute d’un plan B. Mats Wilander l’avait déjà affirmé en 2006, quand Roland-Garros a été balayé par de grands vents. L’ex-champion suédois avait écrit dans L’Équipe que seules Justine Henin et Amélie Mauresmo avaient un jeu assez varié pour s’ajuster à des conditions changeantes. Et Navratilova avait fait le même constat quelques années plus tôt, déplorant que la plupart des filles pratiquent le même style.

La dispersion des stars

Dans la même interview, Evert a aussi mis le doigt sur l’autre mal du tennis féminin : la dispersion. À son époque, notait-elle, les filles se consacraient entièrement au tennis. Elles participaient à de nombreux tournois, qu’elles tentaient de gagner, qu’ils soient petits ou grands.

Encore ici, le mauvais exemple est beaucoup venu des Williams, qui ne prennent au sérieux que les levées du Grand Chelem. Prenez Serena (ci-contre). C’est incontestablement une grande championne. Mais elle n’a pas gagné un tournoi secondaire depuis Charleston, il y a un an et demi. Cette année, elle s’est amenée à l’US Open si mal préparée qu’elle était à bout de souffle dès que les échanges duraient plus de quelques coups. Comparez-la à ses débuts. Vous verrez qu’elle a pris pas mal de poids, et ce n’est pas que du muscle.

Les meilleures joueuses sont devenues des vedettes très sollicitées. Elles jouent les modèles, font voir partout leur joli minois, se font photographier sous tous les angles, participent à des campagnes de promotion et de publicité. Et accessoirement, jouent au tennis. Bien sûr, elles s’entraînent fort et travaillent dur. Elles sont bien entourées, parfois bien conseillées. Elles ont leur entraîneur, leur physio, leur masseur, leur préparateur physique, leur nutritionniste et… leur conseiller financier. Mais elles sont beaucoup sollicitées et se dispersent beaucoup. Ce qui explique peut-être les déboires, entre autres, d’Ana Ivanovic et de Jelena Jankovic, deux stars devenues étoiles filantes.

Remède et antidote

Existe-t-il un remède? Aux sollicitations, je ne crois pas. La célébrité et la richesse ont des attraits auxquels il est bien difficile de résister. Surtout quand on est jeune et qu’on sait que la carrière sera courte. On estime, par exemple, les revenus de Sharapova hors du tennis à plus de 20 millions par année. Des chiffres qui donnent le vertige et suscitent bien des convoitises.

En revanche, la variété pourrait être un antidote à la puissance. Soit dit en passant, la puissance n’est pas en soi le mal. Les filles d’aujourd’hui sont plus grandes et plus fortes. Il est normal qu’elles tapent la balle plus fort. Ce qui est anormal, c’est qu’elles n’apprennent que cela. Il faut revenir à la polyvalence. Savoir cogner, bien sûr, mais aussi savoir contrer. Savoir changer le rythme avec un revers slicé. Savoir préparer une montée au filet. Savoir lober. Savoir patienter.

De ce côté, tout n’est pas perdu. Quelques joueuses ont brillé à l’US Open plus par la finesse de leur jeu que par leur puissance. Je pense, entre autres, à Melanie Oudin, 17 ans et 5 pieds 6 pouces, qui a fait chuter coup sur coup Elena Dementieva, Maria Sharapova et Nadia Petrova. À Maria Jose Martinez Sanchez, qui a montré qu’une joueuse qui volleyait bien pouvait embarrasser Serena Williams. À Flavia Pennetta, qui a prouvé que beaucoup de rapidité et une solide défense pouvaient mener loin. À Caroline Wozniacki (ci-contre), une excellente contreuse, qui a atteint la finale.

Je pense aussi aux deux Belges. À Kim Clijsters, la nouvelle championne, mais aussi à Yanina Wickmayer, qui s’est rendue en demies à 19 ans. Toutes deux cognent fort, mais elles savent utiliser la volée, le lob, le revers coupé et l’amortie.

Peut-être verra-t-on, au cours des prochaines années, du tennis féminin beaucoup plus intéressant. Et vous, qu’en pensez-vous?

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marcstein
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MessageSujet: Re: Le tennis féminin est-il malade?   Lun 21 Sep - 5:08

Pour ma part, le texte frappe à la bonne place. Ce US Open nous a offert pas mal d'émotions, mais avec un calibre plus relevé (et un peu moins de cris stridents tant qu'à faire), ça pourrait être encore mieux.

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